NSS Schrödinger

Forum rpg futuriste mettant en scène des futurs colons en exil de leur planète d'origine.
 
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 Sécheresse

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Lester
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MessageSujet: Sécheresse   Mar 27 Sep - 21:17


Il fait chaud ce matin à New-Oslo.

Quarante-cinq Celsius, ce matin, à l'ombre des palétuviers. Leurs racines émergent difficilement de la terre sablonneuse, comme de pitoyables bras de noyés qui tentent de gagner la surface. L'eau n'est plus qu'un souvenir amer dans le fond de la gorge. Une gorge remplie d'une âcre vase, mélange de salive et de cette poussière qui suinte et se colle à la sueur des corps.

Sa peau a subi nombre d’agressions au cours des derniers mois. Il l'a vue se marbrer puis onduler comme la tôle. Elle s'émiettait ; il a même perdu des fragments de lui dans le sable. En quelques semaines, le caramel a nappé son teint de lait. Seules ses lèvres craquelées demeurent.

Au-delà du rempart des barricades de la ville, il entend les percussion archaïques qui s'élèvent en une longue oraison. Il est midi, et c'est bien un chant de mort qui plane sur New-Oslo. La chaleurs tue. Combien de fois a-t-il cru qu'il allait mourir, son corps frôlant la liquéfaction, et sa raison le fuyant sous le poids de la fièvre. Combien de fois a-t-il vu des gens sans énergie, adossés contre les briques friables, en pleine chaleur ? Aucune eau, aucune solidarité ne sont venues à leur secours. Si tu es faible, tu meurs. Si tu n'arrives pas à trouver ton propre liquide, l'or incolore, tu meurs.

C'est la règle. Et il en sera toujours ainsi.

Il a soif, il a faim, mais il ne compte pas rentrer. Il préfère rester en dehors de la ville depuis que l’épidémie s'est déclarée. Le premier est mort il y a de cela trois jours. Il l'a vu.

C'était un enfant somme tout à fait normal à New-Oslo. Il marchait sous le soleil, l'inconscient, sa plante des pieds épaisse comme du cuir qui foulait la terre jonchée d'ordures. Et puis il s'est arrêté, comme ça, en plein milieu de la route. L'enfant n'a toujours pas bougé, même en voyant son épiderme se gonfler et rougir. D'ailleurs, il tremblait de la tête au pied, de plus en plus, tandis que des bourgeons de chair venaient à éclore sur son petit corps.

Coups d’œil furtifs à travers les persiennes. Cœur qui s'affolent, oreilles qui se dressent. Tous les autres percevaient le danger. Tous sentaient la mort osciller dangereusement au-dessus de leurs têtes.

Et l'enfant s'est écroulé, sans bruit, sans prévenir. Il a convulsé un moment, peut-être quelques minutes. Dans le ciel violet, de sombres tâches oscillaient. Des charognards. Timidement, ils se sont posés sur une gouttière, ont penché leur tête, comme s'ils se moquaient de cet enfant qui se déhanchait dans le poussière. Peut-être se moquaient-ils plutôt de cette race décroissante, ou alors entrevoyaient-ils l'apogée de la leur ?

Un mince filet visqueux s'est épanché des lèvres entrouvertes. Instantanément, la terre avide l'a épongé, ne laissant sur le sol plus qu'une tâche sombre.

Les charognards ont fondu. Les persiennes s'étaient déjà refermées en claquant.

***

Le soleil en est à son zénith, pourtant il a froid. Il sent la bile forcer le passage de son œsophage. Il tremble.
Il repense à l'enfant et aux autres qui ont suivi. Il ne compte pas être le prochain. D'ailleurs, c'est impossible, il en est persuadé. C'est seulement l'émotion qui le fait frissonner, et le stress qui noue ses entrailles. Quant au froid, il l'incombe à un étourdissement passager de ses sens, faute de mieux.

Ce qu'il aimerait marcher au soleil, sentir la paume incandescente de l’astre dans son dos, cette caresse auparavant insupportable, comme le souffle brûlant d'un antique dragon. Mais il possède encore assez de raison pour deviner la ruse de la chaleur. Il n'a pas oublié qu'elle l'attend au prochain carrefour, pour le tuer.

Alors il se laisse tomber sur le sol. Il rampe entre les racines du palétuvier. Son écorce parcheminée irrite sa nuque et ses bras tandis qu'il entreprend de creuser. Avec ses ongles, il fouille la terre jusqu'à former un trou à l'ombre, juste assez grand pour qu'il puisse s'y glisser.

Replié sur lui-même, l'homme tremble de plus en plus. Un insecte passe sur sa main ; il ne le chasse pas. Il exhale du sol une étrange odeur musquée, à la fois piquante et sauvage, comme celle de l'humus grouillant d'une forêt. Une petite brise serpente entre les racines de l'arbre au-dessus de lui, elle crachote et fulmine. Il n'arrive pas à entendre ses réprobations tellement le claquement de ses dents l'horripile.

Et il fait froid, de la fraîcheur des tombeaux.
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