NSS Schrödinger

Forum rpg futuriste mettant en scène des futurs colons en exil de leur planète d'origine.
 
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 Ô toi mon angora [libre]

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Lester
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MessageSujet: Ô toi mon angora [libre]   Dim 16 Oct - 15:48

Lester avait longuement marché dans les couloirs. Cela faisait à peine trois jours qu'il avait quitté la Terre, et il avait l'impression de n'y être jamais né. Tous ses anciens souvenirs semblaient si loin de lui, si distants ; il ne parvenait plus à s'y identifier. Il n'avait plus rien de l'agent de la censure qu'il avait été. Ce métier qu'il détestait, il n'était même plus sûr de l'avoir un jour pratiqué ! Il renaissait. Seul son environnement et le jour à venir importait. D'ailleurs, il ne savait pas encore en quoi se recycler. Son ancien statut de privilégié lui laissait assez de temps pour choisir : il le prendrait, ça, c'était certain.

En tout cas, il adorait le Nss Schrödinger. Même plus. Autant la perspective de quitter son appartement lui avait fendu le cœur, autant il n'y pensait déjà plus maintenant qu'il avait plusieurs kilomètres carrés d'espace rien qu'à lui. Évidemment, ce n'était pas son vaisseau, mais il se prenait à l'imaginer. Du moins, ce n'était pas moins le sien que celui d'un autre.

Compliqué ? Pas tellement.

En clair, Lester était plus heureux qu'à l'accoutumé. Il n'avait pas encore eu le temps de visiter l'ensemble, mais il comptait bien cette après-midi, – si on pouvait admettre que les après-midi existaient encore –, faire un saut à la baie d'observation. Il paraissait qu'on pouvait encore apercevoir la Terre.

Lester nourrissait un peu d’appréhension à l'idée de la revoir. Peut-être qu'il prendrait alors conscience de sa situation et s'effondrerait-il ? Pourtant, quelque chose lui disait que cet homme pleurnichard était mort, ou du moins était enterré à un endroit sans possibilité de remonter à la surface.

Le psyché pénétra dans un grand hall. L'odeur du neuf, mélange de plastique et de caoutchouc, s'élevait et chatouillait ses narines. Au-dessus de lui, au niveau de la voute, les néons dispensaient leur lumière bleutée. Lester soupira, heureux comme un pape, et s'approcha du centre de la pièce. Rares étaient les personnes en cette heure à être présentes : beaucoup travaillaient dès le jour du départ. Il avait une vue magnifique sur le cosmos presque pour lui seul. D'ailleurs, dans cet immense espace, ils devaient être moins d'une vingtaine si l'on exceptait les robots d'entretien qui lustraient le sol et ramassaient les premiers débris.

Durant quelques minutes, Lester resta debout à contempler les étoiles. Il se sentait apaisé, profondément tranquille. Il crut se rappeler de ce temps pas si lointain où il nageait dans sa cuve avec specimen-femmelle6767. Qu'était-elle devenue la pauvre ? Morte sans doute, bien sûr. Il ne devait rester de son passage, sur Terre, rien de plus qu'un bout de cadavre mélangé à l'asphalte.

Un frisson parcourut son échine. Lester sentit les pensées noires ressurgir, traîtresses. Il les chassa d'un rapide hochement négatif de la tête. Non, il ne voulait pas entamer son moral ; il fallait qu'il arrête de penser à des choses aussi horribles, sinon il redeviendrait maussade. Si seulement il était capable de se tenir à ses résolutions !

Le psyché grimpa dans les tribunes et s'assit sur une marche. Les coudes sur les genoux, il continua de regarder l'immense baie vitrée. Depuis son perchoir, il apercevait d'étranges lueurs qui oscillaient. Un bâillement plus tard, son regard déviait sur ses vieilles rangers, puis les rangées autour de lui, les places vides et brillantes.

C'est alors qu'une étoffe blanche attira son attention, roulée maladroitement en boule sur elle-même. La main de l'homme s'empara du tissus. Il était blanc et doux comme la peau d'un nouveau né. En fait, il s'agissait d'un pull angora aux courtes manches ; sa propriétaire devait encore traîner dans les parages.

Mais il n'y avait pas de femme dans ses environs proches, et elles n'étaient pas du genre à porter un angora. Pourtant Lester, dans sa très généreuse bonté, gratifia ses voisins inexistants d'un : « Hé, quelqu'un a oublié son pull ? » d'usage. Puisque personne ne lui répondit, il resta bêtement assis, l'angora sur les genoux.

Instinctivement, ses doigts se mêlèrent à la fourrure. L'étoffe était si douce que Lester ne put s'empêcher de jouer un peu plus avec, jusqu'à ce qu'il se penche et hume le parfum qui s'échappait des poils. Quel modèle suranné, délicieusement ringard ! Et quelle odeur de synthétique, charnelle et sauvage, qui semblait émaner des entrailles même du vaisseau ! Mon dieu, jamais un pull ne lui avait fait vivre autant en quelques secondes...

Ô toi mon angora, quand tu nous tiens.
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Soren
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Lun 17 Oct - 19:15

Même les choses qui paraissent les plus immuables sont vouées au changement. Ces mutations que bien souvent on ne mesure qu’une fois que notre vie en a été bouleversée.

Et me voilà, face au changement, le contemplant sans un mot.
Sans doute que je ne parais pas vraiment à mon avantage, quasiment collé à l’immense baie vitrée, les yeux écarquillés tels deux soucoupes bleues électriques, avec sur mes traits l’expression du parfait demeuré.
Plus rien n’existe dans ma tête que ce vide que je fixe inlassablement. Vision à laquelle je ne parviens pas à m’accoutumer.

Au dessus de moi avait toujours pesé le bleu-gris nappé de pollution du ciel terrien, limite symbolique de mon univers. Aujourd’hui il n’y a plus rien. Seulement les étendues infinies de l’espace. La barrière rassurante érigée par mon esprit vole en éclat.

Depuis mon embarquement sur le NSS Schrödinger je n’avais pas encore eu le temps pour les questionnements existentialistes.
J’ai vécu ces derniers jours dans la précipitation et la confusion, trop occupé à m’assurer un minimum de sécurité à bord. De ce point de vu là j’estime m’être bien débrouillé : un cube de vie et un emploi obtenus dans la foulée, je suis plutôt content de moi.

Technicien de maintenance en électronique ; présenté en ces termes, ma nouvelle fonction en impose.
Tant de baratin pour désigner le réparateur de machines à café, ça me fait gentiment sourire.

Malgré tout je crois que le poste me convient.
Bidouiller des mécanismes, réparer des appareils électroniques simples, je sais faire, et plutôt pas mal. Sur le vaisseau je m’occupe de choses assez diverses allant de la panne de la sus-citée machine à café au dysfonctionnement de la télé de quelconque cabine, en passant par la vérification de ces quantités de petits appareils remplis de composants électronique que peut contenir le Schrödinger.

L’avantage de ce boulot (en plus de s’inscrire totalement dans mon domaine de compétences)?
Je ne suis jamais au même endroit, ni constamment enfermé dans un atelier sombre. Je me déplace d’un bout à l’autre du vaisseau, une caisse à outils à la main.
Pour le moment je n’ai encore visité ainsi qu’une infime part du NSS.

Aujourd’hui j’ai droit à quelques heures de repos, alors j’ai décidé de m’aventurer près de la baie d’observation et découvrir enfin ce paysage nouveau que nous traversons.

On m’avait prévenu que ce serait impressionnant.

Je m’avance encore un peu plus vers la baie vitrée, jusqu’à y poser ma main gauche. Mes doigts pianotent sur la vitre avec un léger bruit métallique qui se perd dans l’immensité de la salle.
Le vaisseau a quitté la Terre depuis trois jours, pourtant je n’en prends pleinement conscience qu’à l’instant. Cela me laisse songeur... et un peu perdu...

Me détachant soudain de mes contemplations, je vais rejoindre les gradins.
Un élément insolite retient mon regard, soustrayant de mon esprit la pensée de l’espace étoilé auquel je tourne le dos.

Un homme est assis sur le bord d’une marche, une adorable boule de fourrure lovée sur ses genoux.
La scène m’arrache un sourire. J’ignorais que certains avaient pu embarquer avec leurs animaux de compagnie.
C’est la deuxième fois de ma vie que je vois un chat angora et il faut que ce soit à des milliers de kilomètres de la Terre … ou un peu plus de la deuxième fois peut-être, je n’ai pas dû y prêter trop attention sur le moment. Les endroits sordides où je trainais à l’époque – il y a trois jours- n’étaient pas propices à ce type de rencontres.
Un brin nostalgique je m’avance vers cet étrange duo, la main légèrement tendue.

« - Je pourrais caresser votre… … … votre pull ??!!?? »

Ma phrase se termine autrement que prévu, les mots s’échappant malgré moi de ma bouche alors que je réalise mon erreur.
Mes yeux croisent ceux de l’homme en train de respirer le parfum synthétique du vêtement.
Mon air surpris se métamorphose en une mine gênée.

La honte ! Je viens de demander à un parfait inconnu si je pouvais caresser son pull !!!

« -Ho… pardon… »
Je bredouille, avant de partir me réfugier deux marches plus bas.

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Lester
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Mer 26 Oct - 15:35

Lester était toujours occupé à caresser l'angora lorsqu'un inconnu s'était approché. En fait, le psyché n'avait pas eu le temps de le voir car il n'en finissait pas de presser l'étoffe duveteuse contre sa joue. Alors ses paupières se fendaient, son narines frémissaient, et son sourire s'élargissait, béat. Plus rien n'avait d'importance. Plus rien d'autre n'existait que cette caresse presque aussi douce que la matrice de cette mère qu'il n'avait jamais connu.

Quel drôle de taré, à ainsi tomber amoureux d'un pull. Car il s'agissait désormais d'une relation charnelle et sensorielle qui le liait, lui, Lester, le résidu de bêcher en manque d'affection, et ce Pull angora, qui avait de la chaleur à revendre. Ah, le doux ersatz de contact humain...

Et tout à coup, une voix si près l'ébranla. Lester redescendit trop brusquement sur Terre.

« - Je pourrais caresser votre… … … votre pull ??!!?? »

Lester se stoppa net dans son action. Il fronça des sourcils et rouvrit ses paupières. Cette fois-ci le psyché était partagé entre la surprise, et la honte. Le rouge lui monta aux joues, ce qui accrut la stupidité de son faciès émacié. Béat, cette fois-ci non plus de contentement mais de stupéfaction, il demeura quelques secondes en suspens. Même sa respiration s'était arrêté.

L'homme face à lui, ou plutôt le très jeune homme – car il était évident qu'il s'agissait d'un adolescent – avait l'air tout aussi ébahi que lui. Aussi Lester ne voyait-il en face de lui que son miroir déformé, en plus innocent, plus touchant dans sa gêne.

Il n'en suffit pas plus à l'homme, déjà à vif au niveau de ses nerfs, pour commencer à suffoquer. Son diaphragme se contracta tant et si bien que Lester se mit à rire jusqu'aux larmes. Il riait tant que l'eau de ses yeux masquait sa vision, et par la même l'inconnu.
- Vous voulez... HahahahHAHAHA.

Évidemment, en faisant cela, Lester se moquait plus de lui-même que du jeune homme, car il avait été pris en flagrant délit de sniffage de pull angora.

Pensez d'abord à sa pauvre dignité sacrifiée.

Le temps à Lester de reprendre un peu contenance, et il constate que l'inconnu est allé se réfugier plus bas. Il lui tourne déjà le dos, et Lester l'imagine déjà rouge de honte, ce qui accroit quelques secondes durant son fou rire. Pourtant, entre deux saccades de son diaphragme, il parvient à le héler :
- Non mais attend mon mignon, ne t'enfuis pas !
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Soren
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Lun 31 Oct - 22:38

Derrière moi le rire de l’homme au pull angora n’en finit plus de retentir, attirant de temps à autre un bref regard de la part de quelques passants venus admirer la vue depuis la baie d’observation.
Si je n’avais pas été moi-même acteur du malentendu je dois admettre que la situation m’aurait amusé. Or, pour le moment je ne trouve pas cela tellement drôle, je suis plutôt affreusement gêné.

Malgré tout, une part de moi cherche un côté positif… et en trouve un qui ne me rassure que très relativement.
L’homme aurait aussi bien pu croire que je me foutais de sa gueule et s’empresser de coller un pain dans la mienne. Il valait donc mieux qu’il prenne l’affaire à la rigolade, ébrèche légèrement mon amour propre plutôt que mon nez.

Je songe à investir dans une paire de lunettes, histoire de pouvoir faire la différence entre un chat et un vêtement synthétique. Mais ce qu’il me faudrait en réalité ce serait un cerveau en état de marche, capable de relayer efficacement les informations.

- Non mais attend mon mignon, ne t'enfuis pas !

Mon mignon ?!!?!? C’est à moi qu’on parle là ? Apparemment oui.

Je me retourne, et pique un fard lorsque mon regard croise celui de l’homme.
Il y a des moments parfois où on ne sait vraiment plus où se mettre.

Cependant il faut au moins que j’essaie de sauver l’honneur (dans la mesure du possible). Je résiste donc à la tentation de m’échapper en courant, affiche mon plus beau sourire. Peut-être que j’ai encore une chance de passer pour un individu civilisé plutôt que pour le psychotique de service.

Tout d’abord rétablir la situation en dissipant le malentendu :

« - S’cuse moi. C’est un peu ridicule. J’en voulais pas vraiment à ton pull en fait. »

Expliquer plus ou moins clairement mes intentions afin qu’elles ne soient pas mal interprétées :

« - C’était ton chat que je voulais caresser. »


Me rendre compte que, balancée ainsi de but en blanc, ma réplique est encore plus absurde que les agissements improbables qu’elle tente de justifier.
(Accessoirement, ne pas me figurer une seconde la métaphore foireuse que certains pourraient déceler dans mes propos.)
Me raccrocher désespérément aux branches, démêler le sac de nœuds de mes explications :


« - Parce que de loin, posé sur tes genoux le pull ressemblait assez à un chat angora. Et… chais pas… »

Déceler dans mes intonations la légère teinte de nostalgie.
Me taire.
Arrêter de m’enfoncer tout seul. Simplement me taire.
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Lester
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Mer 9 Nov - 18:21

L'inconnu le tutoyait, même s'il avait plus l'air d'une biche effarouchée que d'un mec détendu. D'un côté, Lester ne pouvait pas lui en vouloir : lui aussi était gêné. Mais bon, dans le fond, il n'avait fait que renifler son pull. Ce n'était pas la mort non plus, on allait pas chier un cake pendant trois plombes !

— Oui, bon, je crois qu'on va tous les deux oublier ce triste épisode. On vient juste de se rencontrer, ce serait dommage de partir comme ça... Alors salut, moi c'est Lester !
Le psyché lui tendit une grande main aux longs doigts squelettiques. Pourtant, malgré l'apparente austérité de cette main, l'homme affichait une moue victorieuse, à la limite des meilleurs sentiments du monde. Soit il pouvait passer pour le pire pervers de l'humanité, soit il aurait l'air accueillant... et plus si affinité.

Mais, avant que Soren ne puisse constater la chaleur de cette peau diaphane, les hauts-parleurs se mirent en route :

"Vous avez 15 minutes pour gagner le module de secours le plus proche. Cette zone sera verrouillée dans 18 minutes."

Le sang de Lester ne fit qu'un tour dans ses veine. D'ailleurs, celui-ci ne comprit pas de suite. Incrédule, la foule dans la baie d'observation, pourtant tout à l'heure si calme, commençait à s'agiter. Les têtes se secouaient, les corps tremblaient. Quelques rares visionnaires se mirent à hennir à la mort. Déjà, les premières larmes teintaient le carrelage opaque.

Le psyché, stupide, incompétent devant les événements approchant, resta planté dans les gradins, aussi raide que la justice.
— Trois jours, et déjà les emmerdes qui commencent.
En bon je-m’en-foutiste, Lester préférait attendre et voir comment la situation se dégagerait... (si elle se dégagerait) Avant de définitivement paniquer.

Comme dans toute situation d'urgence, il avait son propre plan. Alors il sortit de son pantalon une plaquette de pilules multicolores, imprimées de jolis motifs. Il en goba deux sans se soucier de leur dosage, et regarda Soren avec un étrange sourire qui dévoilait une dentition impeccable d'entre ses longues lèvres :
— Si c'est la fin, moi je veux pas la sentir passer. Veux ?
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Soren
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Mer 9 Nov - 22:56

L’honneur est sauf ! … Enfin non, pas tout à fait… Mais l’affaire est classée et on repart sur des présentations plus conventionnelles.

« - Soren. »
Je réponds simplement à Lester qui me tend la main.

L’espace d’une seconde j’ai cru que la suite pourrait se dérouler sans désagrément majeur.
Les haut-parleurs de la zone se sont mis à débiter leurs messages d’alertes, comme cherchant à démolir la niaiserie utopiste de mes anticipations.

L’annonce jette effectivement un froid sur l’ambiance et me force à reconsidérer mon analyse de la situation. Pas que je sois vraiment doué pour "analyser les situations", mais en général j’ai au moins conscience du moment où la panique devient légitime.
Il se trouve que justement la réaction me parait ici appropriée. Les individus qui arpentaient les abords de la baie d’observation semblent d’ailleurs avoir eu la même pensée que moi, en résulte rapidement un indescriptible chaos. Chacun se précipite, en quête des modules de secours mentionnés par la voix des haut-parleurs.

Lester et moi n’avons pas bougé des gradins, moi observant l’air hébété la cohue au-dessous de nous, lui conservant vis-à-vis des évènement une certaine nonchalance.
Histoire de me rassurer il évoque notre hypothétique fin.

Et voilà les haut-parleurs qui s’y remettent :
"Vous avez 14 minutes pour gagner le module de secours le plus proche. Cette zone sera verrouillée dans 17 minutes."

Ce genre de petits rappels ne m’aide décidément pas à calmer mes nerfs.
Intérieurement je suis au bord de la crise d’angoisse.
D’une main tremblante j’attrape la pilule colorée que me propose Lester, sans avoir une idée précise de ce dont il s’agit.
N’étant pas non plus totalement con, je sais pertinemment qu’il ne vient pas de m’offrir un bonbon à la menthe mais plutôt … un petit voyage dans l’espace avant que nous n’y soyons projetés de force.

Je garde la pilule en main, pas bien sûr de ce que je compte en faire.

« - J’aurais préféré éviter d’en finir tout de suite, tu vois ! Mais merde ! Et ces modules de secours à ton avis ils sont par où ?!! »

Je descends de quelques marches, les yeux rivés sur la détresse de ces hommes et femmes en contrebas. Tout le monde, dans le désordre le plus complet, cherche ces fameux modules de secours, se bouscule, crie, en vain.

Dans un vaisseau à des milliers de kilomètres de la Terre le moindre accroc peut vite avoir des conséquences dramatiques, j’en prends maintenant conscience. Tout acte prend ici un aspect un peu trop définitif à mon goût. Et je ne peux que rester là, impuissant, à attendre la suite des évènements.

Mes émotions oscillent dangereusement entre deux extrêmes :panique et résignation. Je me retourne vers Lester et lui fait part d’un constat qui me glace :
« - De toute façon avec le bordel là en bas on finira piétinés avant d’avoir fait deux mètres… »

Puis, un bref regard sur la baie d’observation : je sais pas si c'est une consolation mais au moins ici la vue est sympa.
Je m’apprête à remonter deux ou trois marches et aller m'asseoir pour contempler plus longuement l'immensité de l'espace avant la fin de notre petit monde.

Soudain, autour de nous les lumières s’éteignent. Surpris, je perds légèrement l’équilibre et, par réflexe, me raccroche à ce que j’ai sous la main… soit Lester.

Là je flippe.

Une main agrippée au vêtement de mon camarade de galère, j’attrape de l’autre la pilule que j’avais gardé dans l’une de mes poches, et l’avale… quoi que cela puisse être.
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Lester
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Jeu 10 Nov - 5:32

Le noir, le noir complet. Déjà ça jacassait encore plus ; les gens essayaient de se ruer vers la porte, mais ils ne faisaient que de se piétiner et taper contre la coque du vaisseau.

Lester, en bon gentleman, servit de point d’ancrage à la demoiselle en détresse qu’était devenue Soren (un nom sympa cela dit). Les cris avaient diminué ce qui rendait le noir un peu plus paisible. Hélas, la foule en délire venait de tomber les portes d’accès, et elle ne trouva rien de mieux à faire qu’à s’échouer dessus avec toute la violence d’un cachalot qui roule sur la plage, la tripaille à l’air.

Le bruit sourd de ces cents poings qui martelaient les portes en métal commençait à sérieusement ennuyer le psyché ; ça résonnait dans sa cervelle de moineau. Il grogna longuement et maudit le genre humain : logique que les portes soient verrouillées, puisque l’électricité n’était plus… Non mais j’vous jure, ces clampins !

— Allez, viens poulette : on va pas rester là comme des cons à attendre la fin !

Aussitôt, Lester passa sur son frêle torse un habit de circonstance : le pull angora. Tout de suite, la tiédeur des poils lui fit oublier le cul-de-sac que venait de devenir sa vie ; il lui sembla que le monde n’était plus qu’un nuage de coton duveteux. Forcément, cela lui fit l’effet d’une bonne claque sur son courage. La bête enfin réveillée, il était fin prêt à assumer sa fin prochaine

Dommage qu’il ne puisse pas se regarder dans le noir, mais le temps n’était pas à la branlette cérébrale.

Il tira Soren avec lui jusqu’à la baie d’observation, soit la seule lumière de environs. Déjà, quelques résolus comme eux s’y amassaient et contemplaient avec des yeux larmoyant les conglomérats de poussière interstellaire.

L’éclat des étoiles était suffisant pour permettre à Lester de distinguer sur lui la forme mousseuse et blanche du pull. Il était enrobé par une créature chaude, qui sentait bon le parfum pour femme. Il avait l’impression d’être en sécurité sous une armure d’un nouveau genre, à moins que sa dérive ne soit déjà que l’effet de ses pilules.
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Ven 11 Nov - 2:05

Dans l’obscurité je crois discerner que le mouvement de la foule en panique se dirige à présent vers les issues condamnées de la salle. Comme si une poignée de spationautes en détresse pouvait abattre les lourdes portes du Schrödinger.
Euh… c’est physiquement impossible une chose pareille ; n’est-ce pas ?
Je n’ose pas imaginer le carnage si jamais les portes cèdent. Les crissements métalliques et les chocs répétés que l’on entend soudain s’élever à mesure que les cris et autres hurlements diminuent en intensité ne sont évidemment pas là pour calmer mes inquiétudes à ce sujet.

Sidéré, j’écoute le bruit de ces corps qui se jettent sans réfléchir sur ces grandes masses métalliques.
Qu’est-ce qu’on dit déjà sur le quotient intellectuel d’une foule inversement proportionnel à… … Hé ! Comment ça c’est certainement pas moi qui fait remonter la moyenne ???

Quand bien même ils parviendraient à abattre une porte, concrètement à quoi cela servirait ? A se ruer ensuite dans les couloirs en hurlant que nous vivons l’heure du jugement dernier ? Une partie de moi dénigre l’idée ce pendant qu’une autre lutte pour ne pas céder à cette pulsion imbécile et primale.
Courir dans les couloirs tel le dernier des cons, contrairement à ma position actuelle de spectateur, ça donne l’impression de ne pas se contenter d’attendre bêtement la fin, d’agir.
Superbe action j’avoue…

Lester m’arrache à mes cruels dilemmes existentiels, j’ai à peine le temps de hausser un sourcil au surnom dont il vient de m’affubler que déjà il m’entraine avec lui jusqu’à la baie d’observation.

La vision des étoiles scintillant dans le vide de l’espace me frappe, elle me parait soudain merveilleuse, sans commune mesure avec ce que j’ai pu voir tout à l’heure en entrant dans cette même salle, en me campant devant cette même vitre.
Certes… mais tout à l’heure aucun danger de mort ne planait sur le NSS… d’ailleurs tout à l’heure moi non plus je ne planais pas…

C’est assez inhabituel, cette sensation de flottement. Je me colle à la paroi, pour mieux voir le paysage ; mon souffle laisse des traces de buée sur la surface vitrée.
La température se serait pas un peu rafraîchie ?

Avec mon indexe je dessine de jolies spirales sur la buée. Fier de moi, armé d’un large sourire, je tiraille légèrement la manche du pull de Lester pour attirer son attention sur mon œuvre d’art.

Fondamentalement rien dans le décors extérieur n’a changé, pourtant l’observer au travers de mes petites spirales semble soudain révéler une infinités de perspectives nouvelles. Et j’ai l’air d’être le seul à prendre pleinement conscience de ce fait !

Non, c’est impossible, il faut que j’alerte Lester ! Il ne peut pas avoir raté ça !
Je l’interpelle :

« - Regarde ! Regarde ! C’est pas croyable ! Comment est-ce qu’on a pas remarqué ça avant ?? A moins que… … ça y est, on est mort et on s’en était même pas rendu compte ???? »

Puis je me détourne une seconde, me retrouve face au chaos qui règne dans la salle, à tous ces individus qui comme nous ont été brusquement piégés dans la zone.

« - Ha ? Ben finalement non, on est toujours pas mort ? »

Sans raison apparente je me mets à pouffer de rire.
La part encore lucide de mon cerveau m’ordonnerait bien de me coller une baffe en espérant que cela puisse mettre fin à ce spectacle navrant, cependant elle a totalement perdu le contrôle de la situation.

On va mourir et moi ça me fait marrer.
Quelqu’un a sûrement dû me prévenir un jour qu’on accepte pas les pilules bizarres proposées par les inconnus. Avertissement que je me suis empressé d'oublier.


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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Dim 8 Jan - 10:58

Lester, perplexe, regarda le petit jeunot qui, déjà, était parti dans la cinquième dimension. Celui-ci s'extasiait devant des cercles plus ou moins aplatis dessinés à même la vitre dans la buée qu'avait formé sa respiration chancelante. Assurément, Lester comprit que Soren était un néophyte : il lui avait refilé le plus petit dosage possible, parce qu'il avait choisi de garder son stock personnel, si jamais la fin se promettait douloureuse. Mais non, le petit avait décollé. Son esprit était dorénavant parti et chevauchait les nébuleuses à la presque vitesse de propagation de la bêtise.

Il empoigna fermement les épaules du jeune homme. Lester se tenait derrière lui, l'empêchant de chavirer. Puisqu'il faisait deux tête de plus que Soren, il avait ainsi une vue dégagée sur la baie d'observation, et les graffitis de son ami, sans besoin de se contorsionner.

— T'as oublié le plus important. Quid de la lumière au bout du tunnel, et des gens que tu as connu et aimé ? Je crois que si j'étais mort, je l'aurais su, car on n'entendrait plus les barrissement de la castafiore que son mari pousse contre la porte en espérant qu'elle va la fractionner par la seule force de sa masse corporelle de pachyderme.

Ben ouais, fallait être perspicace aussi.

Désormais, la lumière clignait au-dessus d'eux, ce qui faisait redoubler la fréquence des cris. Lester eut un instant peur, car il y avait quelque chose de glaçant dans ces cris, aussi glaçant que l'air qui frémissait au contact de sa peau.

— Putain, ici ça devient un vrai tombeau. Finalement, je crois qu'on va se battre un peu pour notre survie (et puis seuls les cons changent pas d'avis). Tu me remercieras plus tard de t'avoir décroché de tes gribouillis !

Lester se saisit du bras de Soren et le tira à l'opposé de la porte verrouillée. Il devait bien y avoir une autre issue plus ou moins illégale : le vaisseau était une pièce uniquement, seulement séparée par différentes cloisons. Une faille, voilà qui les arrangerait. Ca devait bien se trouver, non, un conduit d'aération ou de vidage d'ordures ?
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Soren
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MessageSujet: Re: Ô toi mon angora [libre]   Mer 8 Fév - 1:40

La magie qui animait l’instant - et que j’étais bien le seul à percevoir- s’effrite soudain en autant de petites étoiles qui virent et voltent devant mes yeux, retombent doucement comme sous le globe d’une boule à neige.

Je n’ai plus du tout envie de rire.

Lester, par ses propos à la véracité désarmante, renverse la boule à neige de mes délires.
La situation m’apparait brusquement sous un nouvel angle moins réjouissant que mes élucubrations à propos des spirales sur la buée et autres dérives psychédéliques.

Nous ne sommes certes pas morts, mais, comme il me le fait justement remarquer, ça n’est probablement qu’une question de temps si nous ne nous décidons pas à agir.

Lester m’entraine de force vers la direction opposée, je me laisse conduire, lève les yeux.
La lumière faiblarde et vacillante qui éclaire à présent la pièce prend pour mes pupilles dilatées une dimension autrement plus agressive ; la regarder en face l’espace de trop longues secondes me donne l’impression d’être assailli par des flashs violents.

Je me détourne, le voile blanc devant mes yeux se dissipe rapidement, cependant, ma vision reste encore quelques instants constellée de tâches de couleur.

« - Héé ! Yad’lalumièr’ ! » Amas peu intelligible de syllabes mises bout à bout résultant de mon étonnement de voir l’éclairage fonctionner de nouveau. Comprenne qui pourra.

Dans mon cerveau aussi une lueur s’allume. A présent les portes devraient s’ouvrir, nous n’aurons plus qu’à attendre que la foule évacue les lieux avant de nous diriger à notre tours vers la sortie de cet enfer ! ... … … Ce serait trop simple n’est-ce pas ?

Je tire sur la manche de mon acolyte pour l’inciter à jeter lui aussi un œil sur ce qui se trame aux alentours de la sortie.
Les issues demeurent désespérément closes. Un profond soupir de déception m’échappe, tandis qu’une angoisse insidieuse s’installe malgré moi.

« - Merde ! Le bazar de tout à l’heure a dû enclencher le verrouillage automatique des portes ! »

Une inquiétude de plus au compteur : une coupure de courant ne suffit généralement pas à activer les systèmes de verrouillages ; le problème devait être plus sérieux que ce que nous pouvons en observer depuis notre emplacement.

Premier réflexe : je fouille dans mes poches, sors le tournevis qui y traine perpétuellement.
On ira pas loin avec ça, d’autant plus que…
« - … les codes et autres manip’ pour désactiver les procédures d’urgences ils les filent pas à n’importe qui ; surtout pas au crétin qui répare la machine à café et change les ampoules… Mais si on pouvait au moins approcher de la porte, y’aurait moyen que je bidouille un peu ! Ça pourrait marcher peut-être… sûrement pas… 10% de chance ? 3 ? »

Le schéma classique ; lorsque je panique je me mets à réfléchir à haute voix, s’exprime alors verbalement le désordre incessant qui règne dans mon esprit.
Typique de ma manière de raisonner dans un état d'urgence ; l’efficacité c’est en option.
La pilule absorbée plus tôt rajoute à cette habituelle confusion une épaisse couche de brume.

La probabilité de parvenir jusqu'à la porte sans nous faire piétiner par une horde d'individus affolés demeure faible. En admettant que nous accomplissions cet exploit, resterait encore à trafiquer le système pour permettre l'ouverture des portes, ce qui, en restant un minimum réaliste, est loin d'être gagné.

Un changement de stratégie s'impose. Quelque chose de moins hasardeux.
Nous tombons d'accord sur le fait qu'il doit être possible de filer en empruntant les conduits d'aération.

Du haut des gradins nous atteindrons plus facilement les bouches d’aération situées en hauteur.

Nous montons l’escalier jusqu’à parvenir à la dernière rangée de sièges. Après plusieurs secondes passées le nez en l’air, je repère enfin ce que nous cherchons.

De là où je suis je n'arrive pas à me rendre compte de la dimension exacte de notre issue de secours improvisée.
Il suffirait que le passage soit à peine trop étroit pour que cela nous ramène à notre situation de départ. Dans ce cas il faudrait envisager pour de bon l'idée de se frayer un chemin jusqu'à la porte. J'ai comme l'intuition que nous ne serions alors pas beaucoup plus avancés...

Dans l'espoir d'atteindre la grille d'aération, je me hisse sur le dossier de l'un des sièges, lequel menace de céder sous mon poids.
Mes bras tendus sont encore loin de toucher au but ; je me hausse sur la pointe des pieds, ... perds l'équilibre...

Ayant évité de justesse une mauvaise chute, je cherche le regard de mon compagnon d'infortune.

« - Peut-être que toi t'y arriveras. Sinon faudra que tu m'aides à atteindre la grille. »

L'hypothèse me semble davantage cohérente dans cet ordre là. Je m'imagine mal tenter de soulever Lester qui domine d'une bonne tête mon mètre soixante-douze.

Le tournevis que j'ai gardé sur moi pourra cette fois-ci nous être utile, au cas où la grille d'aération se montre récalcitrante. De nouveau je l'exhume du fond de ma poche.
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